La gardienne de Sonja Delzongle : quand la forêt devient prison

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La gardienne de Sonja Delzongle

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La Petite Norvège : naissance d’un huis clos

Juin 1997. La famille Olsen quitte Lille dans une précipitation qui tient plus de la fuite organisée que du déménagement choisi. Frode, le père, architecte d’origine norvégienne au tempérament aussi imprévisible que les hivers de sa Laponie natale, a tout décidé, tout planifié, sans vraiment consulter personne. Sa femme Mathilde et ses deux filles, Gerda l’aînée et Rune la cadette, se retrouvent transplantées au cœur du Morvan, quelque part entre le mont Beuvray et Avallon, dans une maison que Frode a lui-même dessinée, inspirée des cabanes norvégiennes en bois avec toit végétalisé, posée en lisière d’une forêt dense au bord d’un lac. Il a baptisé ce domaine la « Petite Norvège », comme pour recréer, sur sol bourguignon, l’écho d’un pays qu’il n’a jamais vraiment quitté en dedans.

Ce qui frappe d’emblée, c’est la précision avec laquelle Sonja Delzongle construit cet espace romanesque. La maison des Olsen n’est pas un simple décor, c’est un organisme vivant, pensé pour l’autarcie quasi totale : eau de pluie filtrée, panneaux solaires, four à pain, chambre froide pour la viande. Frode a tout anticipé, tout verrouillé, jusqu’à la suppression des téléphones et des ordinateurs. Ce projet qui ressemble de loin à une utopie écologique révèle, au fur et à mesure que les pages tournent, une autre réalité, celle d’un isolement soigneusement orchestré. La forêt environnante, si belle dans ses descriptions changeantes au fil des saisons, devient progressivement une frontière plutôt qu’une invitation au voyage.

C’est ici que le roman installe son ressort dramatique fondamental, avec une économie de moyens remarquable. Pas de grand fracas, pas de rupture brutale annoncée : juste la lente cristallisation d’un territoire familial qui se referme sur lui-même. Chaque élément du quotidien, la chasse, la pêche, la répartition des tâches, le silence de Mathilde, les petites croix rouges que Gerda trace dans son carnet pour compter les jours, participe à l’édification de ce huis clos naturel. Sonja Delzongle réussit quelque chose de délicat : faire du cadre géographique un miroir exact de la dynamique familiale, où la beauté sauvage du Morvan cohabite, sans jamais se contredire, avec une atmosphère d’oppression sourde et grandissante.

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Frode Olsen, l’architecte de l’enfermement

Du haut de son mètre quatre-vingt-douze, Frode Olsen est l’une de ces figures romanesques qui s’imposent physiquement avant même d’avoir prononcé un mot. Ce géant blond venu de Tromsø, capitale de l’Arctique, porte en lui la rudesse des paysages qui l’ont forgé : un visage taillé dans du bois brut, un tempérament impulsif que tempère, par intermittence, une générosité surprenante. Sonja Delzongle ne cherche pas à en faire un monstre à visage découvert. Elle construit quelque chose de bien plus troublant : un homme dont la complexité résiste aux étiquettes simples, dont les contradictions constituent précisément le moteur dramatique du récit.

Ce qui rend Frode si saisissant, c’est que sa logique possède une cohérence interne redoutable. Tout ce qu’il entreprend, soustraire sa famille au monde, enseigner la survie à Rune, rejeter l’école institutionnelle, trancher les liens sociaux, procède d’une vision du monde qui lui est propre, celle d’un homme convaincu que la connaissance et l’autonomie constituent les seules vraies protections contre la brutalité de l’existence. « Plus tu sais de choses, plus tu es libre. Ce que tu sais, on ne peut pas te l’enlever », dit-il à sa cadette avec une sincérité désarmante. Cette philosophie n’est pas feinte. C’est précisément là que réside l’un des grands atouts du roman : le mal, quand il s’incarne ici, ne porte pas de masque. Il se drape dans des convictions.

Sa relation avec ses deux filles constitue l’axe autour duquel pivote toute la tension narrative. Pour Rune, une admiration fusionnelle qui frôle l’obsession, une volonté de la façonner à son image, de faire d’elle son double et son héritière. Pour Gerda, une froideur inexplicable, presque viscérale, qui confine au rejet. Entre ces deux attitudes symétriques et opposées, Mathilde navigue en silence, gardant l’équilibre coûte que coûte, jusqu’au point de rupture. Frode Olsen n’est pas simplement un père autoritaire de plus dans la littérature de genre. C’est un architecte, au sens plein du terme, qui conçoit chaque espace, chaque relation, chaque règle, comme on trace un plan : avec précision, avec intention, et sans laisser d’issue visible.

Gerda la gardienne, Rune la cadette : deux destins sous une même emprise

Leurs prénoms sont des programmes. Gerda, en norvégien, signifie « la gardienne », et Frode l’a signifié à sa fille aînée dès l’enfance avec une solennité qui tient presque du serment : elle sera la protectrice de la famille, la sentinelle du secret. Rune, lui, signifie « le secret » lui-même. Deux syllabes, deux destins entrelacés, deux rôles distribués avant même que les intéressées aient pu dire leur mot. Sonja Delzongle inscrit ainsi, dès l’origine, quelque chose d’irréversible dans la structure même du roman : ces deux jeunes filles ne sont pas simplement des personnages, elles sont les dépositaires d’une mythologie familiale que leur père a forgée de toutes pièces.

Ce qui rend leur portrait si juste, c’est la manière dont l’auteure fait coexister deux trajectoires radicalement différentes sous le même toit oppressant. Gerda, quatorze ans au moment du déménagement, affronte l’arrachement à ses amies, à la danse, à sa vie d’avant, avec une sensibilité à fleur de peau que son père interprète comme de la faiblesse. Elle tient un carnet où elle trace des petites croix rouges pour compter les jours qui passent, comme si matérialiser le temps était la seule façon de ne pas s’y perdre tout à fait. Rune, plus jeune d’un an, glisse en revanche dans la forêt du Morvan avec la fluidité d’un esprit né pour ça : elle apprend à chasser, à reconnaître les champignons mortels, à décrypter les odeurs portées par le vent. Deux sœurs, deux manières d’habiter le monde, et entre elles un fossé que l’injustice paternelle creuse chaque jour un peu plus.

Pourtant, le roman ne cède jamais à la tentation de figer ces deux figures dans des archétypes rigides. Gerda n’est pas que la victime effacée, Rune n’est pas que la favorite sauvage. Entre elles subsiste un lien d’une solidité secrète, fait de confidence murmurées dans le noir, de serments chuchotés, de cette complicité particulière aux sœurs qui ont grandi dans la même tempête. C’est dans cet espace fragile, entre deux êtres que tout semble vouloir opposer, que bat le coeur véritablement humain du récit. Sonja Delzongle y dépose ses émotions les plus vraies, loin des éclats de violence, dans la douceur tenace de ce lien que rien, finalement, ne parvient tout à fait à rompre.

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Ce que la forêt enseigne, ce que le lac dissimule

La nature, dans La gardienne, n’est jamais un simple fond de tableau. Le Morvan respire, frémit, gronde, change de visage au rythme des saisons avec une précision sensorielle qui traverse les pages comme un courant d’air froid. Sonja Delzongle convoque les odeurs de terre mouillée et de glands broyés, le craquement du givre sous les semelles, les reflets cuivrés de l’automne sur la surface du lac, les fleurs de givre sur les vitres en janvier. Cet ancrage dans le concret, dans le tangible, donne au roman une densité particulière : on ne lit pas la forêt du Morvan, on la traverse, on la sent, on finit par en redouter les silences autant que ses personnages.

Mais la nature ici est aussi un espace pédagogique aux contours ambigus. Frode y dispense à Rune un enseignement qui mêle, dans un même souffle, la beauté et la menace. Les champignons mortels qui ressemblent aux comestibles, le muguet dont l’eau de trempage devient poison, la datura aux couleurs de trompette qui arrête le coeur : chaque leçon botanique s’accompagne d’une leçon morale sur la duplicité du monde. « Le mensonge est partout, même dans la nature, grande illusionniste », lui enseigne-t-il, transformant la forêt en métaphore d’une société dans laquelle il ne fait confiance à personne. Ce savoir transmis est réel, précieux même, mais il est indissociable d’une vision du monde que Frode instille goutte à goutte, comme un poison lent, dans l’esprit de sa fille cadette.

Le lac, quant à lui, joue un rôle plus trouble encore. Espace de pêche et de complicité père-fille en surface, il fonctionne dans le roman comme un miroir opaque où se reflètent les non-dits les plus lourds. On y va « écouter chanter les étoiles », selon la formule codée de Frode, et cette expression reviendra avec une insistance qui finit par inquiéter autant qu’elle intrigue. L’eau immobile, la glace hivernale qui interdit tout passage, la brume matinale qui efface les contours : le lac concentre à lui seul l’art de Delzongle pour suggérer sans dévoiler, pour faire sentir au lecteur qu’une part essentielle de l’histoire se joue précisément là où la lumière ne pénètre pas.

Blessures visibles, blessures invisibles

Le corps, dans La gardienne, est un territoire d’écriture à part entière. Sonja Delzongle y inscrit les traumatismes avec une précision clinique qui ne verse jamais dans le voyeurisme. L’accident de Rune, ce pouce tranché net lors d’une séance de coupe de bois, est raconté avec une brutalité soudaine qui contraste violemment avec la lente installation du quotidien familial. La blessure physique est réelle, irréversible, et le roman ne cherche pas à l’atténuer : ce moignon bandé, ces chairs qui cicatrisent, cette main qui devra réapprendre à saisir le monde avec quatre doigts au lieu de cinq, constituent une présence constante dans le récit, rappel silencieux des conséquences concrètes d’un mode de vie imposé sans filet de sécurité.

Gerda, elle, porte ses blessures là où personne ne regarde. Sous les manches de ses pulls épais, sur la peau de ses avant-bras, les petites croix tracées au cutter ont remplacé celles du carnet. Ce glissement du papier à la chair, qu’elle justifie intérieurement comme un retour aux origines de l’écriture, dit en creux tout ce que le roman refuse de formuler trop explicitement : l’isolement extrême d’une adolescente que son propre père rejette, que sa mère n’arrive plus à protéger, et dont la douleur intérieure cherche une sortie tangible faute de pouvoir s’exprimer autrement. Delzongle traite ce sujet avec une sobriété qui en renforce considérablement la portée, sans jamais en faire un effet dramatique facile.

Ce qui frappe, c’est la manière dont le roman met en regard ces deux types de blessures pour mieux interroger ce qui blesse vraiment. La main mutilée de Rune finit par devenir, paradoxalement, un outil de résilience : elle apprend à s’en accommoder, à sculpter avec, à tenir son couteau malgré tout. Les cicatrices de Gerda, invisibles aux yeux de sa famille ou presque, racontent une souffrance plus difficile à nommer, donc plus difficile à guérir. Entre ces deux sœurs meurtries à leur façon, La gardienne pose une question qui traverse le roman de bout en bout : quelles sont les violences que l’on voit, et lesquelles choisit-on de ne pas voir, parce qu’il serait trop coûteux de les regarder en face ?

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Le Collectionneur dans l’ombre : quand la menace devient réelle

C’est dans les pages jaunies d’un vieux journal d’époque, parmi les pelures de pommes de terre et d’oignons, que Gerda fait une découverte qui change brutalement la tonalité du roman. Depuis son arrivée au Morvan, l’adolescente collectionne les coupures de presse sur une série de disparitions d’adolescentes dans la région, entre quatorze et dix-sept ans, depuis 1990. Quinze jeunes filles volatilisées, aucun corps retrouvé, seulement des objets épars abandonnés en lisière de forêt, comme des miettes semées par un Petit Poucet à rebours. La presse locale a baptisé l’auteur présumé de ces enlèvements « le Collectionneur », et ce surnom, à lui seul, dit tout de la nature glaciale du prédateur que les gendarmes traquent sans parvenir à confondre.

Ce que Delzongle réussit avec une habileté narrative certaine, c’est l’intrusion de cette menace extérieure dans un récit qui semblait jusqu’alors entièrement centré sur le huis clos familial. Le danger venu du dehors ne chasse pas celui du dedans, il se superpose à lui, créant une tension à double détente particulièrement efficace. Car le visage que Gerda croit reconnaître sur la photo en noir et blanc du suspect n’est pas celui d’un inconnu, c’est celui d’un homme que la famille a déjà croisé, dans des circonstances où il s’était montré serviable, presque providentiel. Cette ambiguïté soigneusement entretenue est l’une des grandes forces du roman : le lecteur, comme Gerda, ne sait plus très bien où commence le vrai danger.

Ce qui rend ce fil narratif particulièrement fort, c’est qu’il révèle en même temps le tempérament profond de Gerda. Là où d’autres auraient refoulé, elle archive, recoupe, analyse. Son instinct de gardienne, si souvent raillé ou ignoré par son père, trouve ici une expression concrète et inattendue. Elle n’a pas les moyens d’agir, elle est adolescente, isolée, sans alliés fiables, mais elle observe, elle retient, elle garde. Ce personnage que le roman a pris soin de montrer fragilisé, meurtri, presque effacé, révèle soudain une acuité et un courage tranquille qui redessinent son portrait sous un jour entièrement nouveau.

Sonja Delzongle, conteuse des non-dits

L’auteure l’annonce elle-même en préambule, avec une franchise qui donne le ton : elle a voulu écrire ce roman « comme un conte ». Non pas un conte édulcoré où le bien triomphe proprement du mal, mais un conte au sens originel du terme, celui qui fait frissonner, qui porte en lui une vérité trop rugueuse pour être dite autrement que par le biais de la fiction. Cette déclaration d’intention n’est pas un artifice de présentation, elle structure profondément l’écriture. La voix narrative glisse avec une fluidité particulière entre les points de vue, entre les temporalités, entre ce qui se dit à voix haute et ce qui se murmure à peine, instaurant dès les premières lignes un pacte de lecture singulier : ici, ce que l’on ne dit pas pèse autant que ce que l’on énonce.

Ce talent pour les non-dits se manifeste notamment dans le traitement de Mathilde, la mère. Personnage en retrait, qui n’occupe jamais le devant de la scène, elle est pourtant présente dans chaque interstice du récit, dans ses silences calculés, ses compromis tacites, ses regards qui dévient au moment précis où ils devraient affronter la réalité. Delzongle ne la juge pas, ne la condamne pas, ne l’absout pas non plus. Elle la montre, simplement, dans toute l’ambivalence douloureuse d’une femme prise entre sa propre survie et la protection de ses enfants. Ce choix d’une neutralité narrative exigeante est l’une des marques de fabrique d’une écriture qui fait confiance à l’intelligence du lecteur pour combler les blancs.

La langue elle-même participe de cette économie du non-dit. Précise, sensorielle, sans ornements superflus, elle sait alterner la phrase courte qui claque comme un coup de hache et la période plus ample qui enveloppe un paysage ou une émotion dans toute sa complexité. Certaines formulations reviennent comme des leitmotivs, « écouter chanter les étoiles », les initiales gravées sur une lame, les petites croix rouges sur la peau, autant de symboles qui s’enrichissent à chaque occurrence d’une nouvelle couche de sens. C’est cette architecture discrète mais rigoureuse, ce travail sur la résonance des images et des mots, qui distingue La gardienne d’un simple roman à suspense et lui confère une profondeur qui continue de travailler le lecteur bien après la dernière page.

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« La gardienne » : un roman de survie et de transmission

Ce qui traverse La gardienne de part en part, comme une veine souterraine qui finit par affleurer à la surface, c’est la question de ce que l’on transmet à ses enfants, et de ce qu’ils font de cet héritage. Frode transmet à Rune un savoir extraordinairement concret : lire les traces dans la forêt, achever une bête blessée, reconnaître les plantes mortelles, conduire une voiture à treize ans sur les chemins de terre. Tout cela est réel, utile, parfois même admirable dans sa logique de transmission. Mais ce savoir-là vient enveloppé d’une vision du monde qui en constitue l’ombre portée : la méfiance érigée en principe, la solitude comme seule forme de liberté, la violence acceptée comme langage naturel des choses. La question que pose le roman, sans jamais la formuler explicitement, est de savoir ce que Rune choisira de garder de tout cela, et ce qu’elle aura la force de rejeter.

La survie, dans ce roman, ne se joue pas seulement dans la forêt ou face au froid bourguignon. Elle se joue chaque jour à table, dans les silences du dîner, dans la chambre de Gerda où les blessures s’inscrivent sur la peau faute de pouvoir s’exprimer autrement, dans les conciliabules nocturnes entre deux sœurs qui cherchent ensemble une issue à ce qui ressemble de plus en plus à une impasse. Delzongle fait de cette survie ordinaire et quotidienne quelque chose d’aussi intense que n’importe quelle scène d’action : tenir debout, garder le lien, ne pas se laisser définir entièrement par le regard de celui qui vous écrase, c’est déjà, dans ce contexte, un acte de résistance considérable.

Au fond, La gardienne est un roman sur la transmission des rôles autant que sur leur possible subversion. Gerda a reçu un titre, une mission, un poids, avant même de savoir ce qu’elle voulait en faire. Rune a reçu une identité taillée sur mesure dans les désirs de son père. Toutes deux, à leur rythme et à leur façon, entreprennent le lent travail de se réapproprier leur propre histoire. C’est cette dynamique, fragile et tenace à la fois, qui donne au roman sa résonance la plus durable : non pas le récit d’une famille qui s’effondre, mais celui de deux jeunes femmes qui, dans les décombres de ce qu’on leur a imposé, cherchent, avec tout ce qu’elles ont, à se construire.

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Mots-clés : thriller familial, huis clos, Morvan, disparitions, violence psychologique, sœurs, survie


Extrait Première Page du livre

« Quelque part dans la forêt…

C’est la fin de l’été, elle est revenue d’Espagne où elle a passé trois semaines sur la Costa Brava avec ses parents et son petit frère de onze ans, Théo. La rentrée approche et il lui tarde de revoir ses copains de lycée. Celle qui lui a le plus manqué, c’est Estelle, sa sœur de cœur, sa meilleure amie depuis la maternelle. Elles habitent le même village et leurs mères se connaissent aussi depuis leur enfance, inséparables comme leurs filles. Ce jour-là, elle doit rejoindre Estelle qui séjourne chez ses grands-parents, à cinq kilomètres de leur maison, et y passer la nuit. Dans la salle de bains, elle finit de démêler son épaisse chevelure aux reflets d’automne qu’elle porte jusqu’aux épaules et descend au salon.

— Tu ne veux vraiment pas que je t’emmène ? lui demande sa mère en la voyant remplir son sac à dos.

— Maman, j’ai seize ans dans une semaine… Et puis j’aurai plus vite fait à vélo en coupant par les champs.

— Je sais que tu es grande, maintenant, mais je n’aime pas ça quand même. Avec toutes ces filles qui ont disparu dans la région…

— Arrête de me couver ! Papa et toi, vous nous répétez sans cesse que la peur n’évite pas le danger, alors appliquez-le d’abord à vous-mêmes. Je t’appelle quand j’arrive !

— Tu vas oublier, comme la dernière fois. Et on va encore s’inquiéter.

— Eh bien, si tu t’inquiètes, tu n’as qu’à appeler. Je me dépêche, Estelle m’attend. Je t’aime !

— Moi aussi, je t’aime, ma grande fille entêtée…

Alors qu’elle s’apprête à franchir le seuil, une voix juvénile l’arrête :

— Tu te tires ?

Elle se retourne, exaspérée :

— Théo, tu as vraiment besoin de me parler comme ça ? Oui, je me « tire » ! »


Résumé

En juin 1997, Frode Olsen, architecte d’origine norvégienne, arrache sa famille à Lille pour l’installer dans une maison isolée en lisière de forêt dans le Morvan, qu’il baptise la « Petite Norvège ». Sa femme Mathilde et ses deux filles, Gerda l’aînée et Rune la cadette, se retrouvent coupées du monde dans une autarcie quasi totale, soumises à la volonté inflexible d’un homme aussi fascinant que redoutable, qui a fait de la survie en pleine nature une philosophie de vie et de l’isolement une forme de protection.
Tandis que Rune s’épanouit dans cet environnement sauvage sous la tutelle obsessionnelle de son père, Gerda, rejetée et meurtrie, tient un rôle ingrat de gardienne que personne ne reconnaît vraiment. Mais la menace ne vient pas seulement de l’intérieur : dans les vieux journaux qui s’accumulent à la Petite Norvège, Gerda découvre une série de disparitions d’adolescentes dans la région, et un visage qu’elle croit reconnaître. Deux dangers, l’un domestique, l’autre tapi dans l’ombre de la forêt, se resserrent progressivement autour des deux sœurs dans ce roman noir habité par les secrets et la question lancinante de la survie.

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Je m’appelle Manuel et je suis passionné par les polars depuis une soixantaine d’années, une passion qui ne montre aucun signe d’essoufflement.


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