Rencontre avec Angela Marsons, la reine britannique du procédural
Il existe des carrières littéraires qui naissent dans la facilité, et d’autres qui s’arrachent de haute lutte. Celle d’Angela Marsons appartient sans conteste à la seconde catégorie. Née à Brierley Hill, au cœur du Black Country, cette région qui couvre les quatre districts métropolitains de Dudley, Sandwell, Walsall et Wolverhampton, elle a très tôt manifesté un goût prononcé pour l’observation d’autrui. Dès l’école primaire, les leçons passaient au second plan derrière le plaisir de regarder les gens et d’inventer en silence des histoires à leur sujet, au point que ses bulletins scolaires lui reprochaient de se mêler davantage des affaires des autres que des siennes. Avant de basculer vers le crime, elle a signé des récits centrés sur les relations humaines, The Forgotten Woman et Dear Mother.
Le tournant survient au pire moment de sa vie. En septembre 2014, après avoir été licenciée d’un emploi occupé pendant dix-neuf ans, alors que sa compagne se remettait d’une lourde opération, elle essuie même un refus pour un poste dans un entrepôt Amazon. Le couple doit vendre ses biens et emprunter à la famille pour ne pas perdre la maison. Côté littéraire, le constat est tout aussi amer : les éditeurs se disaient séduits, mais pas suffisamment, certains redoutant le cadre du Black Country, d’autres craignant que le public ne s’attache pas à une enquêtrice aussi abrupte que Kim Stone. C’est finalement Bookouture, éditeur britannique spécialisé dans le numérique, qui lui tend la main. Elle connaît le succès à quarante-neuf ans, et le premier tome, Silent Scream, paru en 2015, se vend à plus d’un million d’exemplaires et se hisse à la première place d’Amazon au Royaume-Uni.
Depuis, l’inspectrice Kim Stone n’a plus quitté les listes de meilleures ventes. La série, une procédure policière au long cours ancrée dans les West Midlands, a été traduite en trente langues et dépasse les cinq millions d’exemplaires vendus, faisant de son auteure l’une des plumes britanniques les plus lues de la décennie. Et l’aventure est loin de s’achever : en mai 2025, son contrat avec Bookouture a été prolongé jusqu’à trente-six titres, à l’horizon 2032. Loin d’être un simple décor, le Black Country que les éditeurs jugeaient jadis trop provincial s’impose aujourd’hui comme l’une des signatures de la série, avec ses zones industrielles, ses commissariats de Halesowen et ses familles abîmées.
En France, c’est Belfond qui porte l’œuvre, avec une traduction puis une réédition dans la collection Belfond Noir du Pensionnat des innocentes, premier volet de la saga. Les lecteurs francophones ont pu suivre récemment Faire le mort, puis Liens de sang, traduit par Thibaud Eliroff et paru le 13 mai 2026. Aujourd’hui installée dans le Worcestershire avec sa compagne et leurs deux golden retrievers, Angela Marsons a accepté de répondre à nos questions sur son parcours, sur la fabrique de son héroïne et sur ce qui, dix ans et plus de vingt enquêtes plus tard, la pousse encore à explorer les recoins les plus sombres de la nature humaine.
L’interview questionnaire d’Angela Marsons
Vous écrivez à la main ou au clavier ?
J’écris à la main, au crayon, car j’adore sentir la mine gratter le papier. J’ai essayé de travailler directement au clavier, mais mon cerveau se tarit et les mots ne viennent plus. C’est un processus plus long, mais il me convient, alors je n’essaie pas de le changer.
Plutôt lève-tôt ou couche-tard ?
J’aime écrire tard le soir, quand j’ai l’impression que le reste du monde s’est endormi. Cela crée une intimité entre l’histoire et moi.
Qu’est-ce qui vous pousse à écrire ?
J’ai le sentiment d’avoir toujours quelque chose à dire. J’adore raconter des histoires et susciter des émotions. Il y a toujours un sujet que j’ai envie d’explorer et d’étudier, et que je transforme ensuite en intrigue criminelle.
À quelle fréquence écrivez-vous vos livres ?
J’écris deux livres par an, ce qui me convient parfaitement.
Votre plus belle émotion d’auteur ?
Je crois que ce serait la signature d’un contrat de quatre livres avec mon éditeur, après vingt-cinq ans de refus. C’est à ce moment-là que j’ai su que j’allais enfin pouvoir partager mes histoires.
Le livre qui vous a le plus marqué ?
Harcèlement, de Michael Crichton. C’est le premier livre qui m’a poussée à me faire porter pâle au travail, tant j’étais incapable d’en interrompre la lecture.
Votre recherche la plus bizarre sur Google pour un livre ?
Sans doute quelque chose comme « psychologie clinique des adolescents » ou « comment les tueurs en série se sont fait prendre ».
Votre lieu de crime idéal ?
Ma scène de crime idéale est désordonnée, avec de nombreux indices potentiellement laissés derrière soi, mais sans aucun témoin. Voilà qui donne vraiment matière à réflexion à mes personnages.
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Votre arme du crime préférée ?
Le couteau, sans hésiter.
Vos propres intrigues vous font-elles peur ?
Il m’arrive de m’inquiéter de voir mes pensées prendre une direction très dérangeante, mais je l’accepte simplement comme faisant partie du processus.
Votre pire cauchemar d’auteur ?
Mon pire cauchemar, c’est de manquer d’idées. Cette peur me suit depuis mon quatrième livre, j’écris aujourd’hui le vingt-cinquième et j’y pense encore beaucoup.
Si vous étiez le méchant, quel serait votre métier ?
Si j’étais la méchante, je voudrais être enseignante. Personne ne soupçonne jamais les enseignants.
Crime parfait au supermarché : dans quel rayon ?
Au rayon livres et magazines, car les gens y lisent souvent la quatrième de couverture d’un livre ou les gros titres d’un magazine, ce qui laisse au tueur le temps de préparer son crime.
Sans le polar, quel genre littéraire choisiriez-vous ?
Je crois que j’essaierais d’écrire des thrillers psychologiques, car j’adore les bons rebondissements.
Le livre dont vous êtes le plus fier ?
Petites filles perdues, le tome 3 de la série. J’avais une idée en tête et le résultat final reflétait tout ce que je cherchais à faire. Il reste mon livre préféré de toute la série.
Où vous sentez-vous chez vous ?
Je me sens chez moi dans mon bureau d’écriture, entourée de mes chiens, au moment de me lancer dans une nouvelle aventure avec pour tout bagage des crayons, des carnets et une idée.
Plus d’infos sur Instagram : angiemarsons
Page officielle : angelamarsons.com
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Je m’appelle Manuel et je suis passionné par les polars depuis une soixantaine d’années, une passion qui ne montre aucun signe d’essoufflement.














