Trilokeshwar Shau, romancier grivois et scribe rêvé de Calcutta
Il faut oser lancer un roman noir sur les épaules d’un petit homme qui écrit des fictions érotiques bon marché. Trilokeshwar Shau, que tout le monde appelle Tilu, publie chez Ma Tara Publishing Works une série de volumes consacrés à une belle-sœur peu farouche, déclinée au clair de lune, au bain, puis sous la mousson. Il visite Lalee un mercredi sur deux, quand ses maigres droits d’auteur le permettent, et il l’aime avec une dévotion qui ne lui rapporte que du mépris. Rijula Das installe là un ton que peu de romans policiers osent assumer : la comédie franche, presque burlesque, greffée sur un décor de misère. Tilu transpire, bafouille, s’apitoie sur son sort faute de trouver quelqu’un d’autre pour le faire, et cette autodérision constante empêche le livre de basculer dans le pathos.
Ce petit homme cache pourtant une passion inattendue. Tilu hante les rayons poussiéreux de la bibliothèque nationale et les étals de livres d’occasion de College Street pour reconstituer l’histoire de sa ville. Il connaît les anciens noms de Calcutta, Dihi Kolikata, Colegot, Khal-khatta, et sait que Park Street s’est appelée Burial Ground Road avant qu’un maire zélé ne la rebaptise en l’honneur de Mère Teresa. Il rêve d’une épopée où un Job Charnock de fantaisie affronterait des Thugs dans une Chowringhee encore peuplée de tigres. La romancière tire de cette érudition bricolée un contrepoint superbe : pendant que le présent du roman avance vers le sordide, un homme sans le sou tente d’écrire la légende de sa ville.
Reste la blessure, discrète mais constante. Tilu vient d’une caste basse, l’université a soigneusement consigné cette information sur les listes d’admission, et sa seule lecture publique de poésie, sous le chapiteau du centre Nandan, s’est achevée en déroute. Son père ne lui adresse plus la parole depuis des années. Le seul lecteur véritablement fidèle qu’il possède est Bhoga, jeune assistant imprimeur qui l’appelle syaar et le tient pour un génie. Rijula Das ne moque jamais son héros ; elle le regarde avec une tendresse ferme, celle qu’on réserve aux gens que la société a déjà classés sans appel.
Le Lotus bleu, ses couloirs étroits et ses cinq étages
Cinq étages, un dédale de chambres, un nombre de femmes que personne ne sait compter exactement. Le Lotus bleu, royaume de Madame Shefali, tient debout par la seule force de l’habitude. La peinture s’écaille, les toiles d’araignée dessinent des dentelles sous les ampoules jaunes, le sol de ciment rouge retient une chaleur moite que le mois de juin rend proprement irrespirable. Rijula Das décrit ce bâtiment avec une précision d’arpenteuse : les couloirs qui semblent rétrécir d’année en année, plus frais que les chambres, où certaines femmes viennent dormir l’après-midi sur des foulards humides ; le lit de Nimmi surélevé sur des briques pour que ses enfants puissent se glisser dessous quand elle reçoit. La maison close cesse d’être un décor de carte postale sinistre. Elle devient une adresse, avec ses loyers qui augmentent, ses cafards et son grillage installé le long des balcons après un accident.
L’écriture excelle à saisir ce que les reportages ne montrent jamais. Il y a les affiches de Madhuri Dixit et de Priyanka Chopra collées près des divinités du calendrier, les enfants qui courent dans la cour, Babua neuf ans et sa casquette de baseball rouge extorquée à des touristes, Sunil le cuisinier, le petit magasin d’en face dont la musique cogne dans la rue. Un client étudiant s’étonne un jour qu’il y ait ici des épiceries et des gamins. La réponse de Lalee, sèche et parfaite, dit tout du regard que le quartier porte sur les visiteurs bien-pensants.
Au sommet de cet édifice règne Madame Shefali, matriarche vieillissante, ventilateur de poche à la main sous son climatiseur, bouche pleine de feuilles de bétel. Elle n’élève jamais la voix, ne frappe jamais elle-même, et déchaîne pourtant la violence autour d’elle. Rijula Das en fait une figure d’une ambiguïté redoutable : maquerelle, créancière, quasi mère de substitution, capable d’un geste de protection le matin et d’une cruauté nette le soir. Sa maxime, dans cette vie mieux vaut être morte que vieille, résume l’économie impitoyable qui régit chaque étage.
Lalee, la dureté comme abri
Elle fume adossée au chambranle de sa porte, regarde ailleurs, invente des tarifs pour fantasmes classiques, spéciaux et plus-plus, et savoure le pouvoir minuscule qu’elle exerce sur un client amoureux. Lalee entre dans le roman par la provocation, et il faut quelques chapitres pour comprendre que cette insolence est une architecture défensive patiemment bâtie. Vendue enfant par un père alcoolique, arrivée au Lotus bleu vers dix ans, elle a appris très tôt que l’espoir coûte plus cher qu’il ne rapporte. Sa froideur n’est pas un trait de tempérament, c’est un savoir-faire.
Rijula Das construit ce portrait par touches, sans jamais forcer l’émotion. Un frère cadet vient de temps en temps réclamer de l’argent pour le toit effondré et les livres d’école de ses filles, mange le riz que Lalee lui sert, puis boit en tenant le gobelet au-dessus de sa bouche pour que le métal ne touche pas ses lèvres, exactement comme le faisait leur père. La scène tient en quelques lignes et dit tout de la place que la famille lui accorde encore. Ailleurs, Lalee tâte le front brûlant d’Amina, part chercher de la crocine, songe que ces femmes sont sa vraie famille parce que ce sont elles qui se souviendraient de son visage. L’affection, ici, ne se déclare pas ; elle se déduit des gestes.
La mort brutale d’une voisine de palier, Mohamaya, vingt-huit ans, fait vaciller cet équilibre. Lalee répète le nom à toutes celles qui viennent le demander, arpente le couloir en mémorisant les traînées de poussière comme on récite un talisman, refuse d’abord de s’associer aux femmes qui réclament justice, puis découvre qu’elle n’arrive plus à penser à autre chose. La romancière traite cette lente fissuration avec un tact remarquable : pas de conversion héroïque, pas de discours, seulement une colère qui monte par paliers et une question qui la ronge, celle de savoir combien de femmes tomberont avant que quelqu’un se souvienne de leur nom.
Burtolla, un commissariat où l’on préfère ne rien voir
Le sergent-chef Samsher Singh s’est fait installer ses propres cabinets au commissariat, privilège de petit potentat régnant sur un univers limité. Quand on lui annonce un meurtre, il tire la chasse d’eau pour couvrir la voix de son subordonné. Rijula Das place ainsi, dès son entrée en scène, la mécanique de l’indifférence institutionnelle : la victime est une prostituée, aucun appel n’est venu de la hiérarchie, l’affaire se résoudra donc d’elle-même. La scène de crime sera nettoyée avant l’arrivée de la police, la bouteille jetée, le corps envoyé à la morgue sans que personne vienne le réclamer.
Ce qui rend ces chapitres passionnants, c’est le refus de la caricature. Samsher est veule, misogyne, vaguement corrompu, et il est aussi un homme qui accompagne sa jeune épouse enceinte chez l’obstétricien, lui prend la main dans le taxi, murmure qu’il serait heureux d’avoir une fille pendant que sa mère hurle contre les prédictions d’un astrologue de quartier. Autour de lui gravitent des seconds rôles délicieux : Naskar, la recrue à la voix de crooner qui apporte en douce du thé aux manifestantes, et surtout Balok Ghosh, adjoint madré qui pratique la transmission d’informations au goutte-à-goutte et sait toujours plus que son chef.
La romancière trouve dans ce commissariat un formidable terrain comique, mais l’humour a un tranchant. Une conversation entre Samsher et son collègue Bose, appuyés à une jeep dans Mirza Ghalib Street, glisse du bavardage graveleux à une affaire de viol traitée avec une désinvolture glaçante. Puis, au détour d’une réplique, le sergent formule tout haut une évidence qui laisse son ami hilare : ce ne serait pas plutôt aux agresseurs de se cacher ? Rien n’en découle immédiatement, et c’est précisément le point. Rijula Das montre comment une conscience s’éveille par accident chez un homme qui n’a aucune envie d’être un héros et qui rêve surtout d’un appartement au sud de Calcutta.
Notebandi, la ville quand les billets ne valent plus rien
Le roman se déroule quelques mois après la démonétisation de novembre 2016, quand le gouvernement retira du jour au lendemain les coupures de cinq cents et mille roupies. Le mot revient comme un refrain amer, notebandi, et Rijula Das en fait bien davantage qu’un repère chronologique. Elle en tire une radiographie économique du quartier. Les clients demandaient, avant même de regarder les femmes, si l’on acceptait encore les anciens billets. Les rues se sont vidées comme elles ne l’avaient plus été depuis 1992. Les catégories B ont plongé les premières, les catégories A ont suivi, et la banque coopérative, qui écoulait des centaines de boîtes de préservatifs par semaine, en vend désormais une vingtaine.
Ce choix documentaire donne au roman une assise rare. On comprend, chiffres à l’appui, pourquoi Lalee accepte une proposition qu’elle aurait refusée un an plus tôt : elle cherche cinquante mille roupies, la coopérative n’en prêtera que quatre mille, et les prêteurs privés transforment leurs débiteurs en propriété perpétuelle. La contrainte n’est pas psychologique, elle est comptable. Rijula Das démontre ainsi, sans jamais théoriser, que la vulnérabilité se fabrique par décision administrative autant que par violence individuelle.
L’autre visage de cette économie s’incarne dans Rambo Maity, proxénète en pleine ascension, lunettes aviateur à monture dorée qui lui laissent une trace verte sur le nez, catalogue plastifié, cartes de visite fraîchement imprimées. Il change de marque de cigarettes à mesure que ses revenus grimpent et découvre, ravi, que la richesse est une expérience existentielle. Sonia, l’Ouzbèke qui danse sous les spots et reçoit des pluies de billets, lui explique que l’argent n’est plus que des zéros et des uns circulant dans le ciel comme des ondes de radio. Portefeuilles électroniques, transferts bancaires, sommes irréelles affichées sur un écran : la modernisation financière arrive à Sonagachi, et le roman observe avec une ironie tranquille qui en profite réellement.
La coopérative, le mot « choix » et ceux qui veulent sauver
Fondée dans les années quatre-vingt-dix, la coopérative des travailleuses du sexe occupe un local encombré de cartons de préservatifs et de chaises en plastique rouge. Malini la dirige avec une rage intacte. Ancienne élève devenue formatrice, elle rappelle les victoires arrachées de haute lutte : des cartes d’électrices au nom des femmes, des enfants scolarisés sans tuteur légal, une chute spectaculaire des infections au VIH. Quand la police refuse d’enregistrer une plainte, elle campe devant le commissariat avec des pancartes, jour après jour, et le groupe grossit. Rijula Das filme cette occupation avec un sens du détail savoureux : les gamelles métalliques qui brillent au soleil de midi, les rires, une gaieté que les caméras de télévision ne sauront jamais restituer.
Face à elle se tient Deepa Marhatta, responsable d’ONG installée dans un appartement de Ballygunge Circular Road avec un mari parsi qui cuisine en écoutant Coltrane. Diplômée d’un collège catholique respectable, mariée à l’argent, elle a passé vingt ans à Sonagachi et conserve dans un tiroir les photographies des femmes mortes qu’elle a connues, avec leur prénom et leur âge. Le roman ose une chose difficile : montrer une militante sincère rongée par le doute quant à sa légitimité et quant au prix que d’autres paient pour ses convictions.
Le sommet de cette réflexion se joue sur un plateau de télévision, dans un débat d’une justesse mordante. En face de Deepa, une représentante d’ONG abolitionniste martèle qu’aucune de ces femmes n’a choisi, qu’il faut multiplier les descentes et les arracher à cet enfer. Le public applaudit, brandit des pancartes. Deepa répond que ces chambres sont les seuls espaces sur lesquels elles exercent un peu de contrôle, et que les raids répétés les laissent sans abri ou enfermées dans des centres où l’on coud des jupes pour vingt-cinq roupies. Rijula Das n’arbitre pas frontalement, mais elle a construit six chapitres de vie quotidienne pour que le lecteur mesure ce qui se perd quand on décide à la place des intéressées.
Le panneau publicitaire et son matelas blanc
Depuis la fenêtre de son taudis de Sovabazar, Tilu contemple chaque matin une affiche cabossée vantant les matelas Dutta. Une jolie femme en sari translucide sourit, gracieusement assise sur un immense matelas blanc, et le slogan promet en anglais transcrit phonétiquement en caractères bengalis que vos fantasmes deviennent réalité. Cette image traverse le roman comme un fil rouge ironique. Tilu y projette la Lalee qu’il aimerait posséder un jour, quand il sera riche et célèbre. Rambo y trouve, sans le savoir, la formule commerciale dont il se sert au téléphone. Et le même panneau s’allume, à la tombée du soir, sur le balcon où trois femmes rient ensemble en se moquant du tarif spécial fantasmes.
Tout le livre tient dans cet écart. Il y a le fantasme, marchandise cotée, tarifée, exportable, et il y a les corps réels qui le fabriquent dans des chambres exiguës infestées de cafards. Rijula Das réussit l’alliage improbable d’un polar social documenté, d’une comédie de mœurs franchement drôle et d’une écriture sensorielle qui restitue la moiteur d’un mois de juin sans pluie, l’odeur des tubéreuses mouillées, le crissement des billets neufs. Le suspense fonctionne, l’enquête progresse par des voies inattendues, et jamais la mécanique du genre n’écrase l’attention portée aux existences ordinaires. La traduction française rend admirablement les italiques bengalis, les didi, les babus, les chhukri, ce lexique qui installe le lecteur dans le quartier plutôt qu’à sa périphérie.
Ce qui persiste, une fois le livre refermé, ce n’est pas l’appareil criminel. Ce sont les prénoms. Mohamaya, Amina, Nimmi, Chanda, Durga, Lakshmi, Jigri dont Madame Shefali prétend avoir oublié le nom. Un premier roman rarement aussi maîtrisé, qui transforme une promesse publicitaire dérisoire en interrogation tenace sur ce que valent les rêves quand on ne peut pas se les offrir.
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Mots-clés : Rijula Das, Petites morts à Sonagachi, roman noir indien, Calcutta, Sonagachi, prostitution, littérature indienne
Extrait Première Page du livre
« 1
Lalee avait appris le mot « fantasme ». Pour des raisons qu’il ne pouvait expliquer, Tilu en éprouvait une grande jalousie. Tilu Shau, obscur écrivain de romans érotiques, rendait visite à Lalee depuis des mois maintenant, un mercredi sur deux lorsque les ventes de ses livres et autres travaux d’écriture le lui permettaient. C’était un petit homme qui ne payait pas de mine. S’il en avait désormais pris son parti, il lui arrivait encore de repenser à toutes les petites vexations subies à l’école, quand une jolie fille ne daignait pas même l’honorer d’un coup d’œil. C’était particulièrement le cas en ce moment même, tandis que Lalee, adossée au chambranle de sa porte, fumait une cigarette en regardant ailleurs.
Il avait récemment lu un livre sur les mystères de la psyché. Tout, était-il expliqué, trouve son origine dans l’enfance. Et si Tilu ne pouvait reprocher à sa mère plus qu’une occasionnelle tape sur la tête et un vague manque d’attention, il savait à présent qu’il était en droit de lui imputer tous ses échecs d’adulte. Il en avait déduit que ses déboires avaient commencé lorsque sa mère, au terme de deux jours de contractions douloureuses, ne s’était tout simplement pas aperçue que le minuscule corps fripé de son fils, Trilokeshwar Shau, avait été expulsé. Ou plutôt, qu’il avait fait floc dans les mains de la plantureuse infirmière aux dents de lapin qui, en plissant le nez, avait glapi d’une voix nasillarde « Hé ! Ma ! », avant de le hisser face à sa mère, laquelle avait émis un léger croassement, croyait savoir Tilu. Telle était la musique qui avait accompagné sa venue en ce monde et donnerait le la du reste de sa vie. Son père était cependant fier de lui – il était son premier fils tout de même. Si la fierté avait ensuite laissé place à une amère déception, le jour de sa naissance, son père, ému aux larmes, l’avait nommé « Trilokeshwar » – dieu des trois mondes. Le nom de famille, en revanche, on n’y pouvait rien changer. Mais il y avait de nos jours toutes sortes d’avantages à être issu des basses castes. Au moins, Tilu pourrait obtenir un emploi de fonctionnaire quelque part savait à présent qu’il était en droit de lui imputer tous ses échecs d’adulte. Il en avait déduit que ses déboires avaient commencé lorsque sa mère, au terme de deux jours de contractions douloureuses, ne s’était tout simplement pas aperçue que le minuscule corps fripé de son fils, Trilokeshwar Shau, avait été expulsé. Ou plutôt, qu’il avait fait floc dans les mains de la plantureuse infirmière aux dents de lapin qui, en plissant le nez, avait glapi d’une voix nasillarde « Hé ! Ma ! », avant de le hisser face à sa mère, laquelle avait émis un léger croassement, croyait savoir Tilu. Telle était la musique qui avait accompagné sa venue en ce monde et donnerait le la du reste de sa vie. Son père était cependant fier de lui – il était son premier fils tout de même. Si la fierté avait ensuite laissé place à une amère déception, le jour de sa naissance, son père, ému aux larmes, l’avait nommé « Trilokeshwar » – dieu des trois mondes. Le nom de famille, en revanche, on n’y pouvait rien changer. Mais il y avait de nos jours toutes sortes d’avantages à être issu des basses castes. Au moins, Tilu pourrait obtenir un emploi de fonctionnaire quelque part grâce aux quotas, s’était dit son père. »
- Titre : Petites morts à Sonagachi
- Titre original : A Death in Shonagachhi
- Auteure : Rijula Das
- Éditeur : Éditions du Seuil
- ISBN : 9782021507270
- Format : Broché
- Nationalité : Inde
- Langue : Français
- Traduction : Lise Garond
- Date de publication : 21/03/2025
- Nombre de pages : 384 pages
- Genre : Roman noir social
- Sujets traités : Prostitution, Calcutta, trafic d’êtres humains, condition féminine, corruption policière, castes, militantisme associatif, démonétisation
Page officielle : www.rijuladas.com
Résumé
À Sonagachi, plus grand quartier de prostitution d’Inde, au nord de Calcutta, Trilokeshwar Shau rend visite un mercredi sur deux à Lalee, dont il est éperdument amoureux. Auteur de fictions érotiques publiées par un petit éditeur de College Street, ce rêveur passionné par l’histoire de sa ville n’a ni argent ni prestance. Un soir de juin étouffant, un cri traverse la cloison de la chambre voisine. Une jeune femme vient de mourir dans des circonstances atroces, au cinquième étage d’un immeuble appelé le Lotus bleu.
Au commissariat de Burtolla, personne n’a l’intention d’enquêter. Mais la coopérative des travailleuses du sexe s’installe devant les portes du poste de police, les caméras de télévision arrivent, et le sergent chargé de l’affaire se retrouve contraint d’ouvrir les yeux sur un monde qu’il préférait ignorer. Entre proxénètes ambitieux, matriarche redoutable, militantes tenaces et pouvoirs bien supérieurs à leur enquête, le fil se déroule lentement, à mesure que la ville attend une mousson qui ne vient pas.

Je m’appelle Manuel et je suis passionné par les polars depuis une soixantaine d’années, une passion qui ne montre aucun signe d’essoufflement.


















