Ulan Bator de Richard Tabbi : un vertige littéraire sans filet

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Ulan Bator de Richard Tabbi

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Une plongée dans l’univers déjanté de Solo Aggrigente

Richard Tabbi ne propose pas un roman, il ouvre une trappe. Sous nos pieds s’engouffre un territoire où la logique se dissout dans les vapeurs d’alcool fort et les fulgurances d’une imagination affranchie de toute laisse. Au centre de ce maelström se tient Solo Aggrigente, écrivain de polars vissé à sa vieille Remington, auteur d’un premier succès et bien décidé à confirmer. Le portrait que dresse Tabbi de son protagoniste tient autant du clochard céleste que du privé désabusé, une figure cabossée qui carbure aux paradis artificiels tout en gardant, chevillée au corps, une lucidité douloureuse sur le monde qui l’entoure.

L’écriture épouse aussitôt la mécanique mentale de ce narrateur singulier. Tabbi ne décrit pas Solo de l’extérieur, il nous installe à l’intérieur de son crâne, dans le ronron des engrenages et la pulsation des manques. Chaque scène se charge d’une énergie nerveuse, d’un humour qui mord et d’une tendresse paradoxale, notamment lorsque surgit bébé Tom, nourrisson aux couches généreuses qui irrigue le récit d’un comique organique et désopilant. Le contraste entre le quotidien des biberons et les vertiges littéraires du père constitue l’un des ressorts les plus savoureux de cette traversée.

Ce qui frappe, dès l’entrée dans ce monde, c’est la cohérence d’une vision qui refuse les demi-mesures. Tabbi convoque un imaginaire saturé de références à la culture pop, au cinéma de genre, à la science-fiction la plus crépusculaire, et il les agence avec une maîtrise qui ne laisse rien au hasard apparent. Solo Aggrigente n’est pas un héros auquel on s’identifie sagement, c’est un compagnon de route déconcertant, parfois exaspérant, toujours fascinant. Le lecteur accepte vite le pacte tacite que lui propose l’auteur : lâcher prise, abandonner ses repères confortables et se laisser porter par une voix dont l’intensité ne faiblit jamais. Cette plongée inaugurale pose les bases d’une expérience qui se révélera, page après page, aussi exigeante que jubilatoire.

Un polardeux face au vide laissé par Asako

Au cœur de l’édifice intime que bâtit Tabbi se loge une absence. Asako, la femme de Solo, artiste contemporaine d’origine japonaise dont les toiles aux titres provocateurs s’arrachent des plus grands musées, est partie pour une tournée mondiale des galeries d’art. Cette femme talentueuse, organisée, dotée de toutes les qualités que le narrateur s’avoue ne pas posséder, laisse derrière elle un homme et un nourrisson dans une maison perchée sur les hauteurs de Sainte-Adresse, face à la mer. Tabbi installe ce manque comme une basse continue qui résonne sous chaque péripétie.

Le génie du livre tient dans la manière dont cette séparation, banale en apparence, devient le moteur secret d’une dérive intérieure. Solo doit calculer les rations, changer les couches, tenir debout un quotidien domestique pour lequel rien ne l’a préparé. Mais derrière la mécanique des gestes ordinaires palpite une mélancolie tenace, le sentiment d’un homme dépassé par une femme qui lui échappe, qui monte, qui rayonne tandis que lui s’enfonce. Tabbi évite pourtant l’écueil du pathos : son humour ravageur désamorce constamment le drame, transformant la détresse en matière comique sans jamais en effacer la profondeur.

Cette tension entre l’élévation d’Asako et l’enlisement de Solo constitue l’une des grandes réussites du roman. L’auteur compose le portrait d’un couple où l’amour persiste sous les fissures, où l’admiration se mêle au dépit, où la distance physique se double d’une distance plus vertigineuse encore. Le lecteur perçoit, à travers les souvenirs et les fantasmagories du narrateur, à quel point cette femme cristallise tout ce qui manque à Solo et tout ce qu’il craint de perdre. Loin d’être un simple ressort narratif, le vide laissé par Asako irrigue l’ensemble du livre d’une charge émotionnelle qui en fait bien davantage qu’un exercice de style. C’est le secret battant d’un récit qui, sous ses dehors les plus délirants, parle d’attachement, de paternité et de la peur sourde de ne pas être à la hauteur.

Quand la paternité vire à la cavale cosmique

Rien ne se déroule comme prévu, et c’est précisément là que Tabbi déploie toute sa virtuosité. Le quotidien réglé par les biberons et les rations bascule, le père et le fils larguent les amarres, et le récit prend la forme d’une fuite éperdue. Aggrigente père et fils filent sur les autoroutes, tracent leur sillon dans la neige, sèment ou croient semer d’énigmatiques poursuivants. La paternité, d’abord vécue comme une parenthèse domestique imposée, se mue en odyssée échevelée où le nourrisson devient compagnon d’aventure improbable.

Tabbi orchestre cette cavale avec un sens du rythme remarquable. Le tempo s’emballe, les décors défilent, et l’auteur insuffle à cette course une dimension qui dépasse la simple mécanique du thriller. Car la fuite de Solo n’est pas seulement géographique : elle est intérieure, mentale, métaphysique. Chaque kilomètre avalé semble l’éloigner davantage des rives du réel ordinaire pour le rapprocher de territoires plus troubles. Le lien entre le père et l’enfant, au milieu de ce chaos, prend des accents bouleversants, comme si Tom représentait le dernier point fixe auquel Solo puisse encore s’arrimer.

Ce qui rend cette portion du roman si captivante, c’est la manière dont l’auteur maintient une ambiguïté féconde. Les poursuivants sont-ils réels ? La menace existe-t-elle vraiment ou n’est-elle que la projection d’un esprit fissuré ? Tabbi ne tranche pas, et c’est sa force. Il laisse le lecteur osciller, incertain, suspendu entre l’adhésion au récit d’aventure et le soupçon grandissant que tout cela pourrait relever d’une autre nature. La cavale cosmique de ce père et de ce fils devient ainsi le révélateur d’une fragilité humaine universelle, celle de l’instinct protecteur poussé jusqu’à ses retranchements les plus vertigineux. On suit cette équipée le souffle court, partagé entre le rire et l’inquiétude.

Ces tueurs mongols surgis des vapeurs de l’alcool

Parmi les inventions les plus saisissantes du roman figurent ces énigmatiques sicaires dont le visage ne devient perceptible qu’après une ingestion massive d’alcool. L’idée, d’une étrangeté radicale, condense à elle seule la poétique de Tabbi : faire de l’ivresse non pas un simple vice de personnage mais un véritable instrument de perception, un filtre qui révèle l’invisible ou qui hallucine le néant. Ces traqueurs venus d’ailleurs, faux flics aux contours mongols, hantent le récit comme des présences spectrales dont la consistance même demeure perpétuellement incertaine.

L’auteur exploite cette trouvaille avec une intelligence redoutable. Les tueurs deviennent le point de jonction entre le polar et la fantasmagorie, entre la menace concrète et le délire éthylique. Chaque apparition fonctionne comme une zone de bascule où le lecteur ne sait plus s’il assiste à une scène d’action véritable ou à la matérialisation des angoisses d’un narrateur saturé d’alcools forts. Tabbi joue de cette indétermination avec une maîtrise jubilatoire, transformant ses antagonistes en énigmes mouvantes plutôt qu’en simples figures de méchants.

Cette ambivalence nourrit une mécanique narrative d’une rare efficacité. En refusant de stabiliser la réalité de ces poursuivants, l’auteur installe une paranoïa contagieuse qui contamine toute la lecture. On scrute les ombres, on doute des évidences, on guette le moment où l’alcool va de nouveau révéler ces silhouettes inquiétantes. Tabbi parvient ainsi à conjuguer la tension du roman noir avec l’inquiétante étrangeté de la littérature fantastique, sans jamais que l’une étouffe l’autre. Ces sicaires mongols, sombres et insaisissables, incarnent à merveille la singularité d’un univers où rien n’est jamais tout à fait sûr, où la frontière entre la traque réelle et la persécution imaginaire s’estompe à mesure que le verre se remplit. C’est une trouvaille qui restera, longtemps après la dernière page, gravée dans la mémoire du lecteur.

Hommage halluciné à la mythologie d’Alien

Tout au long du livre, Tabbi tisse un dialogue éperdu avec l’univers de la saga Alien, dont les xénomorphes, le Nostromo, le lieutenant Ripley et les androïdes synthétiques irriguent l’imaginaire du récit. Les titres de chapitres, véritables fanfares parodiques, convoquent la planète LV-426, les créatures jaillissant des poitrines, les fusils à impulsion et les expériences génétiques inavouables. Loin du simple clin d’œil, cette présence obsédante de la mythologie cinématographique construit une strate de sens supplémentaire, comme si la science-fiction la plus crépusculaire venait contaminer le réel du narrateur.

L’auteur ne se contente pas de citer : il digère, transforme, réinvente. Les références au film de Ridley Scott et à ses suites deviennent matière vivante, prismes à travers lesquels Solo Aggrigente interprète son propre désastre intime. Sa femme se confond avec Sigourney Weaver, ses ennemis se muent en monstres acides, son environnement se peuple de menaces extraterrestres. Tabbi opère ici un télescopage fascinant entre la culture populaire et la détresse existentielle, démontrant qu’un imaginaire de série B peut servir de vocabulaire à une authentique tragédie personnelle. La filiation revendiquée avec Philip K. Dick, citée en exergue, éclaire d’ailleurs cette manière de faire vaciller le réel.

Ce travail de réappropriation confère au roman une texture unique, où l’humour potache côtoie une mélancolie profonde. Les xénomorphes ne sont pas de simples créatures d’épouvante : ils deviennent les figures d’une angoisse plus vaste, celle de la dévoration, de la perte, de l’anéantissement de toute forme de vie humaine. Tabbi manie cet arsenal référentiel avec une science consommée du dosage, alternant le pastiche jubilatoire et la gravité voilée. Le lecteur familier de la saga savourera chaque allusion, tandis que celui qui la connaît moins percevra malgré tout la puissance évocatrice de ces images. C’est dans cette capacité à faire d’une mythologie collective le miroir d’un drame singulier que réside l’une des grandes audaces de l’ouvrage, un geste littéraire qui assume pleinement son hybridité.

Une langue mitraillée, crue et furieusement inventive

Si Ulan Bator marque autant les esprits, c’est avant tout par sa langue, instrument prodigieux que Tabbi accorde avec une virtuosité de soliste. Comme le souligne justement la préface de Ludovic Lavaissière, l’auteur mitraille plus qu’il n’écrit, et ses mots font mouche. La phrase se déploie en longues coulées syncopées, charrie les énumérations vertigineuses, les inventions lexicales, les noms propres improbables. Le rythme épouse l’agitation mentale du narrateur, accélère, ralentit, explose, dans une partition typographique où la mise en page elle-même participe du sens.

Cette prose ne recule devant aucune crudité, mais sa trivialité n’est jamais gratuite. Tabbi puise dans l’argot, le registre familier, l’obscénité assumée, pour composer une musique âpre et organique qui sent, selon la belle formule de son préfacier, le soufre et la cordite. Chaque page regorge de trouvailles verbales, de néologismes savoureux, de jeux sonores qui témoignent d’un amour profond de la matière même du langage. L’auteur fait feu de tout bois, mêlant les références érudites aux scories de la culture de masse, dans un grand brassage stylistique d’une vitalité contagieuse.

Cette inventivité permanente pourrait étourdir, mais Tabbi tient fermement la barre. Derrière l’apparent débraillé se cache une rigueur compositionnelle remarquable, un sens du tempo et de la rupture qui maintient le lecteur en perpétuel éveil. La langue devient un personnage à part, une présence physique qui happe et entraîne, dont l’énergie ne se relâche pas, de la première lettre au point final. On songe à certaines audaces de la littérature post-exotique évoquée dans la préface, à une filiation avec les voltigeurs du verbe qui osent tout au nom de la nécessité intérieure. Lire Tabbi, c’est accepter de se laisser malmener par un styliste hors norme, de renoncer au confort des phrases lisses pour épouser le souffle haletant d’une écriture qui refuse de s’assagir. Cette langue mitraillée constitue, à elle seule, une raison suffisante de se plonger dans le roman.

Entre Le Havre et la steppe, la frontière du réel s’efface

À mesure que le récit progresse, Tabbi accomplit un tour de force : faire vaciller insensiblement les certitudes du lecteur quant à la nature même de ce qui se déroule. Des hauteurs normandes de Sainte-Adresse aux étendues lointaines évoquées par le titre, l’espace du roman se distend, se déchire, autorise des passages que la raison réprouve. Le narrateur lui-même semble perdre pied, et avec lui nous perdons les repères rassurants qui distinguent habituellement le vécu du fantasmé, la mémoire de la projection, le souvenir de l’invention pure.

L’auteur orchestre cette dissolution avec une maîtrise qui force l’admiration. Plutôt que de recourir aux artifices grossiers du récit à twist, il distille le doute par touches successives, accumule les indices contradictoires, multiplie les versions d’une même réalité. Les lieux se télescopent, les identités se brouillent, les noms propres se démultiplient dans une prolifération qui finit par interroger la consistance même du monde décrit. Tabbi joue avec une intelligence rare sur cette indétermination, refusant de livrer une clé unique qui réduirait son œuvre à une simple énigme à résoudre.

Cette érosion progressive de la frontière entre le réel et son double constitue le véritable enjeu philosophique du livre. Tabbi explore les territoires troubles de la conscience, la manière dont un esprit peut reconfigurer le monde à sa mesure, substituer ses fictions aux faits, habiter une géographie mentale plus vaste que la carte. Sans jamais alourdir son propos d’explications didactiques, l’auteur convoque les grandes questions de l’identité, de la mémoire et de la folie, qu’il traite avec une légèreté apparente d’autant plus efficace qu’elle masque une profondeur réelle. Le lecteur ressort de cette traversée durablement déstabilisé, hanté par l’incertitude, conscient d’avoir parcouru un territoire où les lois ordinaires ne s’appliquent plus. C’est dans ce vertige assumé, cette acceptation du flou comme principe créateur, que le roman atteint sa pleine ampleur et révèle son ambition véritable.

Ulan Bator, vertige littéraire à éprouver sans filet

Au sortir de cette traversée, une certitude s’impose : Ulan Bator ne ressemble à rien de connu, ou plutôt à ce que serait un improbable carambolage entre le roman noir, la science-fiction crépusculaire et la grande tradition des écritures expérimentales. Richard Tabbi a conçu un objet littéraire qui assume crânement son hybridité, refuse les cases, dynamite les conventions de genre pour bâtir un univers absolument personnel. Cette nouvelle édition offre l’occasion idéale de découvrir ou de redécouvrir une œuvre qui, sous ses dehors provocants, recèle une cohérence et une ambition remarquables.

Il serait réducteur de ne voir dans ce livre qu’un exercice de virtuosité gratuite. Derrière le déluge verbal, l’humour ravageur et les délires fantasmagoriques se cache une méditation poignante sur l’amour, la paternité, la perte et la difficulté d’habiter le réel. Tabbi parvient à ce prodige de nous faire rire aux éclats tout en nous serrant le cœur, de nous éblouir par son inventivité tout en nous touchant par son humanité. Le personnage de Solo Aggrigente, dans toute sa déglingue et sa tendresse, demeure une création romanesque d’une force peu commune, de celles qui continuent d’habiter le lecteur bien après qu’il a refermé le volume.

Ce roman s’adresse à qui accepte de renoncer au confort des récits balisés pour se confier à une voix singulière, exigeante, parfois déroutante, toujours électrisante. Il faut consentir à perdre pied, à se laisser porter par le courant tumultueux d’une prose qui ne fait aucune concession, pour récolter les fruits d’une expérience de lecture authentiquement singulière. Ulan Bator récompense largement cet abandon. C’est l’œuvre d’un écrivain qui ose, qui assume ses partis pris jusqu’au bout, et qui signe là un livre dont la liberté formelle force le respect. Pour celles et ceux que la littérature aventureuse attire, que les sentiers battus ennuient et que les voix franches galvanisent, cette équipée mongole et cosmique constitue une découverte précieuse, un vertige à éprouver sans filet, et l’on referme ces pages avec le sentiment rare d’avoir traversé quelque chose d’inoubliable.

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Mots-clés : Ulan Bator, Richard Tabbi, roman noir, science-fiction, littérature expérimentale, paternité, cavale hallucinée


Extrait Première Page du livre

« L’ÉQUIPAGE DU NOSTROMO EST CONSTITUÉ DE QUELQUES JOYEUX DRILLES, DU LIEUTENANT HELEN RIPLEY ET D’UN ANDROÏDE

Ils ont baissé les stores et ils ont fait le truc. Ne crois pas que ce soit facile. Ne crois pas qu’ils ouvriront le ciel pour toi.
Henry Kramer

Sainte-Adresse, mars 2010 :

Ma femme ne m’avait laissé aucune chance. Aucune. New York, Sidney, Ouagadougou, ses toiles partaient faire le tour du monde, Los Angeles, Bahreïn, Mexico, elle comptait être présente à chaque vernissage, se taper les réceptions de l’ambassadeur, les petits fours fourrés à la crème de langue, les bulles qui dilatent le pylore, Vancouver, Shanghai, Novossibirsk, son agent affirmait : ta présence est indispensaaaaaaable, chéééééérie, son agent, ce con de rouquemoute qui draguait les directeurs de musée et les ministres de la Culture entre deux roulés à la saucisse, deux canapés au beurre de cacahouète, Genève, Gdansk, Le Cap, ma femme voyait sa cote monter en flèche, elle m’échappait d’autant plus, nous nous voyions d’autant moins, et voilà qu’elle partait en tournée mondiale à l’instar d’un groupe de rock.

Ma femme. Qui avait toutes les qualités que je n’avais pas. Le talent. La gnaque. L’-o-r-g-a-n-i-s-a-t-i-o-n. Elle avait réussi dans plusieurs domaines, son nom vous sautait à la figure hors des pages glacées des magazines d’art contemporain, sa voix vous enjôlait avec la mystique des formes sur France Culture deux fois par semaine, son visage était aussi connu que celui d’Adriana Karembeu, chose incroyable pour une artiste contemporaine. Le Centre Georges Pompidou lui avait acheté la série complète des Vulves Atomiques, des grands formats au pistolet de vingt-cinq mètres carrés, du coup, ma femme nous avait acheté une maison sur les hauteurs de Sainte-Adresse, près du Havre, à vingt-cinq minutes d’Étretat, à quarante de Deauville. Nous détestions Paris, ma femme avait une préférence pour New York ou Tokyo quand j’aurais voulu habiter sur Uranus, Sainte-Adresse était à mi-chemin, la vue sur la mer était un atout non négligeable.

J’écrivais des polars sur une vieille Remington, j’aimais le cliquetis des engrenages dans la lumière du matin, je démarrais à cinq heures et le soleil se levait sur : des blondes écartelées / des macs bourrés de fric / des flics en imper / des magnums crachant le feu / des putains empaquetées dans des sacs-poubelle / des banquiers véreux / des hommes politiques véreux / des flics véreux / en chapeau mou… »


  • Titre : Ulan Bator
  • Auteur : Richard Tabbi
  • Éditeur : Euderie Editions
  • ISBN : 9782959873911
  • Format : Broché
  • Nationalité : France
  • Langue : Français
  • Date de publication : 28/04/2026
  • Nombre de pages : 274 pages
  • Genre : Roman noir, Science-fiction, Littérature expérimentale, Thriller, Fiction littéraire, Satire, Polar, Récit hybride
  • Sujets traités (about) : Paternité, Absence et perte, Folie et perception du réel, Création littéraire, Addiction, Cavale, Culture populaire et mythologie d’Alien, Quête de sens

Page officielle : richard-tabbi.com

Résumé

Solo Aggrigente est un écrivain de polars cabossé, vissé à sa vieille Remington sur les hauteurs de Sainte-Adresse, face à la mer. Lorsque sa femme Asako, artiste contemporaine adulée, part pour une tournée mondiale des galeries d’art, il se retrouve seul à veiller sur leur nourrisson, bébé Tom. Mais le quotidien réglé par les biberons et les rations ne tarde pas à voler en éclats.
Père et fils larguent les amarres, entraînés dans une cavale éperdue à travers la Normandie, la Russie et les confins de la steppe mongole, poursuivis par d’énigmatiques tueurs dont le visage ne se révèle qu’après ingestion massive d’alcool. À mesure que le voyage progresse, la frontière entre le réel et le fantasme se dissout, et le lecteur, happé par une prose électrisante saturée de références à la mythologie d’Alien, ne sait bientôt plus distinguer la traque véritable des hallucinations d’un esprit fissuré.

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Je m’appelle Manuel et je suis passionné par les polars depuis une soixantaine d’années, une passion qui ne montre aucun signe d’essoufflement.


1 réflexion au sujet de « Ulan Bator de Richard Tabbi : un vertige littéraire sans filet »

  1. Jamais personne n’avait fouillé à ce point dans les entrailles d’Ulan Bator, à l’instar d’un médecin militaire de l’USM Auriga sur le clone d’Helen Ripley. Dissection, donc, et quelle ! Effectivement j’ai un mal fou à entrer dans les cases (peut-être m’en manque-t-il une ?) mais je trouve mes contemporains bien timides de ne pas oser l’alchimie ultime… Foutre dans le creuset un bon vieux pulp, la SF la plus déjantée qui soit, un road-movie transdimensionnel, mes obsessions pour les bibliothèques et l’érudition, mes obsessions pour la saga alien (& Sigourney Weather), ma paternité toute neuve (à l’époque, loooongue gestation du roman), mon goût pour l’expérimentation, en littérature comme en musique…. Surtout, l’envie d’écrire un bouquin que je voudrais lire, sans me soucier du lecteur, jamais, si ce n’est pour le bousculer, le déstabiliser/// L’envie de dynamiter la sempiternelle enquête à la mord-moi l’anus, janus, ce souci du détail qui ne m’anime pas, ce souci de la vraisemblance qui ne m’anime pas !!! J’aime faire foirer les enquêtes, que voulez-vous, d’ailleurs, quelle enquête ? Celles des flics-cafards dont la tronche pixellisée s’améliore au fur et à mesure que Solo vide sa boutanche ? Non, en vérité j’écris pour le chaos, au fil de la plume, sans savoir où me mèneront mes personnages et mon esprit tordu… Surtout, j’écris pour la langue, pour les mots, que chaque phrase sonne, je prétends écrire une partition bourrée de notes bleues, de dissonances, mes mots je les crache en lecture-performance et je me fous du sens qu’ils peuvent prendre, du moment que le rythme, la musique jaillissent… Bref, merci Manuel !!!

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