Sonja Delzongle : des Beaux-Arts au thriller, portrait d’une voix singulière
Née à Troyes en 1967 d’un père français et d’une mère serbe, Sonja Delzongle a grandi, imprégnée des deux cultures. Elle a mené une vie de bohème, riche d’expériences professionnelles variées, du commerce artisanal africain-asiatique à la tenue d’un bar de nuit, tout en écrivant et peignant. Après un DEUG en Langues Étrangères Appliquées, elle intègre l’École des Beaux-Arts de Dijon, dont elle sort diplômée au bout de six ans. Elle peint et expose durant une quinzaine d’années, puis devient journaliste en presse écrite à Lyon, ville où elle vit toujours et dont elle a fait le décor de l’un de ses derniers thrillers, Thanatea.
Sa carrière littéraire débute discrètement avec La Journée d’un sniper (2007), À titre posthume (2009) et Le Hameau des Purs (2011), avant que Dust (Denoël, 2015) ne marque un tournant. Ce thriller glaçant, nourri par sa passion de longue date pour l’Afrique, lui vaut le prix Anguille sous roche et impose une signature reconnaissable, faite d’atmosphères hostiles et de noirceur humaine poussée dans ses retranchements. Suivront notamment Quand la neige danse (2016), Récidive (2017), Boréal (2018), L’Homme de la plaine du Nord (2020), Le Dernier Chant (2021) et Abîmes (2022), qui la consacrent comme l’une des voix majeures du thriller français.
Régulièrement distinguée, elle reçoit le prix du jury des lecteurs du festival du polar de Villeneuve-lez-Avignon 2018 pour Boréal, puis le Grand prix du festival des littératures policières 2022 pour Abîmes, le Prix de la Ligue de l’Imaginaire pour Noir comme l’orage (Fleuve Noir et Pocket) et le Prix Sang pour Sang Dard pour La Gardienne (Fleuve Noir). Elle a été l’invitée à deux reprises sur le plateau de La Grande Librairie, en 2020 avec François Busnel avec L’homme de la plaine du Nord (Denoël et Folio Policier) et en 2025 avec Augustin Trapenard avec Apnée (Fleuve Noir et Folio Policier). Elle cofonde en 2022, avec d’autres auteures, le collectif « Les Louves du polar », destiné à donner davantage de visibilité au polar féminin.
Depuis son arrivée chez Fleuve Éditions, son écriture se fait plus visuelle et plus organique encore. Après Thanatea (2023), texte puissant et singulier repris chez Pocket, elle se réinvente autour de thématiques fortes avec Noir comme l’orage (2024) et Apnée (2025). Explorant sans relâche la marge, la solitude et la part sombre de l’être humain, elle s’est imposée, au fil des romans, comme l’étoile noire du polar français.
L’interview questionnaire de Sonja Delzongle
Vous écrivez à la main ou au clavier ?
Au clavier.
Plutôt lève-tôt ou couche-tard ?
Les deux !
Qu’est-ce qui vous pousse à écrire ?
Une urgence à raconter une histoire forte, à faire frissonner et réfléchir. Et mon imaginaire qui s’exprime essentiellement à travers l’écriture et l’art.
À quelle fréquence écrivez-vous vos livres ?
Un par an. Parfois deux, comme cette année…
Votre plus belle émotion d’auteur ?
Le retour de mes lecteurs. Leurs mots, leurs sourires, des objets qu’ils confectionnent eux-mêmes pour me les offrir…à chaque fois, je ressens beaucoup d’émotion. Et tenir mon roman entre les mains une fois imprimé et prêt à sortir en librairie. Voir certains de mes romans primés. C’est une belle reconnaissance aussi. Il n’y a donc pas qu’une seule émotion d’auteur.
Le livre qui vous a le plus marqué ?
Là non plus, il n’y en pas qu’un. Ce serait trop réducteur, sur les centaines, voire milliers de livres lus depuis toute petite ! Enfant, c’était Le Grand Maulnes d’Alain-Fournier sur la tombe duquel je suis allée me recueillir, en pleine forêt de Verdun, Sans famille d’Hector Malot, à l’adolescence, Le Seigneur des Anneaux de Tolkien, Guerre et Paix de Tolstoï, La Bouche pleine de terre de Scepanovic, La Pornographie de Gombrowicz, Dracula de Stoker, plus tard, Abysses de Schätzing et, plus récemment, D’un cheval l’autre, de Bartabas. Mais il y en a quantité d’autres, je ne peux pas tous les citer !
Votre recherche la plus bizarre sur Google pour un livre ?
La méduse immortelle, de son nom scientifique « turritopsis dohrnii » pour Le Dernier chant, ce qui m’a enseigné que l’immortalité biologique existe bel et bien. Et pour Boréal, le tardigrade ou « l’ourson d’eau », un petit organisme vivant qui aurait des origines extraterrestres, résistant aux conditions les plus extrêmes, capable de se « lyophiliser » durant une longue période, des années même, avant de sortir de cet état. Une autre forme d’immortalité. Et toutes mes recherches sur le monstre du Loch Ness pour mon roman Sur l’Ile noire, paru chez Paulsen. Également une documentation sur différents types de perversions…c’était assez gratiné !
Votre lieu de crime idéal ?
Sur l’Everest, dans la bien-nommée Zone de la mort parce que les guignols encagoulés qui s’y bousculent en file indienne pour arriver coûte que coûte au sommet sans aucune considération pour leurs sherpas ou pour la nature qu’ils violent et salissent sans scrupules, me donnent des envies de meurtre..
Sinon, une cave, c’est bien aussi.
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Votre arme du crime préférée ?
Les mots.
Vos propres intrigues vous font-elles peur ?
La réalité me fait encore plus peur.
Votre pire cauchemar d’auteur ?
De ne pas être lue.
Si vous étiez le méchant, quel serait votre métier ?
Présidente de la République.
Crime parfait au supermarché : dans quel rayon ?
De vélo.
Sans le polar, quel genre littéraire choisiriez-vous ?
La romance ou le feel-good. Pour m’acheter une maison avec piscine en bord de mer, un loft à New-York, une Aston Martin et un yacht.
Le livre dont vous êtes le plus fier ?
Tous ceux que j’ai écrits et ceux qu’il me reste à écrire.
Où vous sentez-vous chez vous ?
Chez moi et dans la nature. Sur les salons littéraires aussi et au cinéma.
En guise de conclusion, y a-t-il quelque chose que vous aimeriez partager avec nos lecteurs ? Une actualité, un nouveau projet qui vous passionne, une œuvre à paraître ou un événement spécial que vous souhaiteriez mettre en lumière, un prix reçu, une dédicace ou un salon ?
La Gardienne qui suscite de très fortes émotions, partagées sur les réseaux sociaux, a reçu le Prix Sang pour Sang Dard au salon Sang pour Sang Polar, soutenu par Joséphine Dard, fille de Frédéric Dard et la commune de Saint-Chef en Isère, fief du père de San Antonio. C’est une sacrée belle reconnaissance d’un jury formé de plusieurs membres de la famille de F.Dard, dont son fils Patrice. Je ne m’y attendais pas du tout, c’est un moment qui m’a submergée. Le Prix de la Griffe Noire du salon Saint-Maur-en-Poche pour Boréal aussi a été un merveilleux couronnement.
Et je partage également l’excitation de l’écriture d’un premier roman d’horreur à venir pour la collection Styx que Fleuve vient de lancer, avec une parution en juin 2027, en plus de mon prochain thriller. C’est pour moi une expérience dans un nouveau genre littéraire, pas si éloigné que ça du thriller, finalement.
Merci à vous, Manuel, pour cette interview et de rendre nos romans encore plus visibles grâce à vos chroniques fouillées pour Le Monde du Polar.
Plus d’infos sur Instagram : @sonjadelzongle_pro
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Je m’appelle Manuel et je suis passionné par les polars depuis une soixantaine d’années, une passion qui ne montre aucun signe d’essoufflement.






















